RAP'S NOT DEAD
tract non signé trouvé à un concert de "rap" début 2008.
Salut. Tu vas assister ce soir à un concert, avec des groupes de styles différents, dont deux
prétendent faire du rap. Loin de voir le rap en particulier, ou de façon plus large le mouvement
hip hop, comme un univers figé dans je ne sais quel dogme, je tiens quand même à t'expliquer
pourquoi je pense que ce que tu vas entendre ce soir, ça n'est pas du rap, mais un spectacle
minable de (très) mauvais goût.
Depuis quelques années sévit en france un nouveau style de rap, initié par TTC et consorts, qui
assume fièrement de n'avoir strictement rien à dire. Ce rap est fait par et pour des blancs-becs
dans le but d'apporter une bande son qui soit assez débile pour rythmer leurs lamentables soirées
" festives ", que ce soit au gala de l'école de commerce ou dans une quelconque colocation
estudiantine. Le but, semble-t-il, est de se livrer à une surenchère de provocation foireuse,
principalement autour des deux sujets qui intéressent le plus un public pour le moins imbécile :
l'alcool et le sexe. En somme, une version moderne et branchée des vieilles chansons paillardes
du banquet des chasseurs.
Dans les paroles de l'un des groupes de ce soir, on peut entendre des phrases telles que " ta
copine me suce la bite, il faut vraiment que tu la quitte si tu veux pas qu'on se frite " ou
encore " avec toutes ces poufs y'a de quoi se vider les burnes ". En tant que mec, c'est une
conception des filles que je trouve tout simplement odieuse. Combien de femmes se font violer
chaque jour ? Au sein d'une société patriarcale, relayer ce type de discours, et plus encore le
diffuser sur un mode festif, contribue clairement à aggraver la situation. Je ne vois pas ce
qu'il y a d'humoristique dans le fait de réduire un être humain au rang d'objet sexuel.
En général, quand on atteint un tel niveau de sexisme, l'homophobie pointe aussi le bout de son
nez. Vos amuseurs de ce soir ne sont pas en reste, avec des textes comme " c'est pas pour les
fiottes " ou " travesti libertin, une grosse tapette, quoi ". Je ne me lancerai pas dans une
interprétation psychanalytique de comptoir sur ce genre de passage, mais je n'en pense pas moins.
Encore une fois, en tant que mec, je ne ressens absolument pas le besoin de prouver ma virilité
pour avoir l'air intéressant, et encore moins en me cachant derrière quelques termes
faisandés.
Tout ça baigne bien évidemment dans une ode générale à l'alcool. Je me fous éperdument de savoir
lequel en boit le plus, et consacrer autant de couplets à nous expliquer ce qu'ils consomment et
en quelle quantité me rappelle tout simplement les plus grandes heures du café du commerce. J'ai
bien compris que le but de leur vie est de s'abrutir au maximum, et que des litres de breuvages
divers les aident dans leur quête à la connerie. Si je peux me permettre, même à jeun, ils
paraissent déjà bien écervelés.
Mais leur " inconscience ", ils la revendiquent sans peine, et en profitent au passage pour se
moquer de ce rap pas marrant qui persiste à parler des embrouilles de ceux qui, par choix ou pas,
sont en lutte contre ce monde et ses chiens de garde. Ainsi, ils nous glorifient de maximes comme
celle-ci : " On va tout dénoncer, que c'est dur dans la cité, qu'ils sont méchants les policiers.
" Ahah. Je m'esclaffe. Et je les imagine rapper ces textes merdiques quelque part du côté de,
disons… Villiers-le-Bel, par exemple, pour voir s'ils assument toujours leur style
franchouillard. S'approprier le rap comme moyen d'expression pour ensuite chier sur ceux qui ne
voient pas cette musique comme un loisir de poseur, c'est assez gros. Quant à leur rapport aux
flics, il est clair que dans leur morne existence de jeunes friqués, ils ont dû les côtoyer assez
peu. Après tout, ils sont du même côté de la barricade. Celui où on a débranché son
cerveau.
Alors pour terminer, je voulais juste te dire que j'ai écrit ce texte pour signaler qu'il y a des
gens, comme moi, passablement énervés, qui refusent de voir le rap comme une marchandise festive
pour jeunes décérébrés. Y'en a même qui en font du rap, et qui feront bouffer leur baskets à tous
ces pseudos MC sans attendre que la mode du crâne plein de vide soit passée.
Si t'as rien à dire, lâche ton mic et laisse-le à ceux qui ont les crocs !
A bon entendeur…