Le 23 Novembre 2007 s'est tenu à Bruxelles une soirée de soutien à la troisième compilation taenia solium. Le concert avait lieu au squat de La Poule Noire, ouvert pour l'occasion. Voici le texte de présentation du lieu.
LA POULE NOIRE
« Pour apprendre ce qu’est la liberté, il n’y a pas d’autre manière que de
l’expérimenter. Et pour l’expérimenter, il faut avoir le temps et l’espace
nécessaire »
Ca faisait un petit temps que nous ressentions l’envie et le besoin de
disposer d’un espace dans lequel nous pourrions avancer des idées et des
pratiques révolutionnaires. Un espace de rencontre pour les gens qui
veulent en finir avec le capitalisme, l’exploitation et la dépossession de
nos vies par tout type d’autorité. Mais aussi un espace dans lequel nous
pourrions nous adonner à nos activités comme bon nous semble, loin des
contraintes économiques, des soucis de rentabilité,… Un espace qui ne veut
pas se limiter a cet espace.
LA POULE NOIRE : UN LIEU DE LUTTES, UN LIEU EN LUTTE
Ce lieu nous l’avons pris, sans autorisation et sans complexe. Non
seulement parce que nous ne pourrions nous le procurer autrement, mais
aussi parce que nous détestons l’argent et que nous aimons bien trop la
vie pour bosser 8h par jour afin de nous procurer ce fric nécessaire à
notre survie.
Occuper un lieu c’est déjà une manière de mettre en acte le refus de la
propriété, des rapports marchands, des privilèges des possédants,…
Alors que la rue est assainie à coups de javel policière, nous constatons
la défiguration des villes : des quartiers expropriés et démolis au nom de
la spéculation immobilière et une inoccupation massive pendant que
d’autres crèvent.
Mais pas besoin d’être un spécialiste pour se rendre compte que tout ça
est une apparition logique dans cette société complètement submergée par
le capitalisme, où tout est marchandise et où la valeur financière est
sainte.
En ce sens, nous n’occupons pas des maisons vides pour lutter contre
l’abandon de ces maisons. C’est le système qui rend cela possible que nous
voulons détruire.
Cet espace ne se veut pas être un havre de paix et de liberté face à un «
monde extérieur ». Squatter est un acte qui se pose en rupture avec
l’ordre dominant. Nous assumons ce choix et savons ce que cela implique :
risque d’expulsion, tensions avec le ou la propriétaire, confrontations
avec la police,… Le conflit avec le pouvoir ne nous étonne pas. Il se
montre à nous de manière plus tangible à chaque fois que nos envies de
liberté(s) se confrontent à sa réalité.
SI NOUS VOULONS REPRENDRE L'ENTIERETE DE NOS VIES, NOUS DEVONS EN FINIR
AVEC l'ENTIERETE DU SYSTEME CAPITALISTE
Nous faisons le constat souvent visible d’initiatives ne prenant pas en
compte la totalitarité du capitalisme qui, lui, touche pourtant à tous les
aspects de nos vies tout en les séparant les uns des autres. Par
conséquent, nous ne partageons rien avec toute sorte de réformisme qui a
pour seul but d’arrondir les angles de ce système. Le rendre plus digeste
nous donnerait la nausée.
Nous ne reconnaissons pas les autorités ni leurs lois qui sont autant
d’outils pour nous garder dans le rang. Nous estimons être assez sensé-e-s
pour pouvoir nous organiser par nous-mêmes en prenant soin les uns des
autres. Nous n’avons pas besoin qu’une instance supérieure (bien loin de
nos réalités) vienne nous dicter notre manière de nous comporter.
Evidemment, tout n’ira pas de soi. Ca grincera, ça coincera, ça clashera
aussi probablement, mais c’est dans la résolution de ces conflits que nos
idées d’auto-organisation deviennent vivantes.
Dans ce lieu, tout est en devenir, en élaboration. Mais Tout n’est pas
pour autant perpétuellement remis en question. Nous nous sommes
retrouvé-e-s sur certaines bases et c’est à partir de celles-ci que nous
cherchons à libérer des possibilités que ce système ne permet pas.
Fonctionner sur des principes non-marchand, d’autonomie et
anti-autoritaire ne relève pas pour nous d’un folklore, mais sont des
prises de positions sensibles qui nous traversent et prennent naissance
dans nos tripes.
LA POULE NOIRE N'EST PAS UN CENTRE CU-CULTUREL (même alternatif)
Pour nous, les activités créatives, la fête, les concerts, la musique,… ne
sont pas non plus des moments à part de nos vies. Nous les abordons de la
même manière et ne laissons pas nos idées au vestiaire le temps de nous
adonner à des activités « extras ».
De même, lorsque des concerts, des ateliers, des soirées d’infos,…
prennent place dans ce lieu, ce ne sont pas des artistes, des musiciens,
des philosophes ou quoi que ce soit qui viennent se représenter. Ce sont
des personnes qui partagent nos points de vue anticapitalistes et
anti-autoritaires, des gens qui savent comment fonctionne le lieu et
pourquoi ils ont envie d’y participer, des gens qui s’y intéressent et
sont prêts à lutter pour l’existence de ce genre de lieu. Et c’est vrai
que, parmi l’ensemble de leurs occupations, il arrive à ces personnes de
peindre, de jouer de la musique, de pratiquer des techniques de cirque,
d’écrire des pamphlets, d’éditer des livres… et d’avoir envie de les
partager de manière indépendante dans des lieux autonomes.
En ne voulant pas à l’intérieur de ce lieu des événements, des discours,
des activités répétant les schémas de la culture dominante, nous ne nous «
fermons » pas à des expériences supposées être « enrichissantes malgré
tout », nous nous ouvrons à une possibilité infinie de choses
passionnantes, car réellement libératrices.
Certaines existent déjà et elles y trouveront leur place. Les autres
restent à être imaginées et expérimentées.
N’étant pas un centre culturel, ni même un squat d’activités (mais un
squat dans lequel peuvent s’organiser des activités), nous n’aurons pas de
programmation.
Les activités auront lieu selon les envies, les opportunités, les
énergies, … sans obligation.
S’il serait mentir que d’affirmer qu’il est possible dans nos vies
aujourd’hui de vivre complètement sans argent, cela ne nous empêche pas
d’élaborer ici et maintenant un espace où tous les rapports ne seront pas
basés sur le profit ou la marchandise, la consommation et son lot de
spectateurs passifs. Autant de choses que nous voulons détruire.
LA POULE NOIRE UN LIEU FERMEMENT OUVERT
Nous ne voulons pas soutenir ou renforcer une ‘(contre) culture’ qui
glorifie certains styles de musique, modes ou comportements.
Nous n’avons pas l’intention d’être une organisation de bénévoles qui
donne de l’aide pratique à tous ceux qui en ont besoin et n’assistons
personne ni ne faisons la charité.
Mais nous sommes ouverts à celles et ceux qui décident de s’organiser en
rupture avec ce monde. Sur ces bases nous tissons des liens affinitaires
et assumons l’idée de ne pas le faire avec n’importe qui.
Ce texte est une tentative de présentation de réflexions en cours. Si
celles-ci te touchent, te posent question, n’hésite pas à passer pour les
partager avec nous.
LA POULE NOIRE - 102, rue du moulin - 1210 BRUXELLES
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