Loi sur le Droit d'Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l'Information :
L’industrie du disque contre la musique.

Dans les nuit des 20 et 21 décembre, les député-e-s français-es vont se prononcer en procédure d'urgence sur le projet de loi sur le Droit d'Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l'Information (DADVSI). Cette loi de lutte contre la contrefaçon musicale propose de légitimer les dispositifs de contrôle d'usage installés par les éditeurs et les producteurs sur les CD et les DVD. Elle met gravement en péril, non seulement la copie privée de musique et le développement de logiciels libres, mais plus largement au-delà de l’usage, le principe même de libre accès à la cultureuh.
Après les CD « copy controlled » impossibles à graver, et leurs inconvénients (impossibles à lire dans les autoradios et les ordinateurs), après la lutte contre le téléchargement de films et de MP3 en peer to peer, après les mouchards DRM de Sony-BMG (1), voici le DADVSI.

Le DADVSI prévoit à la fois de légaliser les dispositifs de contrôle d'usage (DCU) et de pénaliser leur "contournement". "Le coeur de la transposition de la directive est en pratique double. En premier lieu elle autorise les mesures techniques de protection des oeuvres, et en organise la protection par des sanctions pénales lourdes", dixit le député Vanneste dans son rapport au nom de la commission des lois (2). Les DCU, ce sont des dispositifs associés aux oeuvres musicales ou cinématographiques sous forme matérielle (CD, DVD) ou immatérielle (Internet). Ils ont plusieurs usages :
- anti-copie : interdisant la copie, limitant le nombre de copies possibles, ou dégradant la qualité de la copie par rapport à la qualité de l'original.
- anti-usage : la lecture n'est possible que sur certains types ou certaines marques de logiciels (player, système d'exploitation...) ou matériels (baladeurs...)
- identification de l'utilisateur : lecture autorisée uniquement pour l'utilisateur identifié (collecte de données personnelles, émergence de la biométrie : lecture conditionnée par la reconnaissance des empreintes digitales).
- tatouage de l'oeuvre : un signal identifiant unique caché dans chaque exemplaire d'une oeuvre permet de tracer sa redistribution (copies successives depuis l'exemplaire original identifié) ou encore d'interdire la lecture au-delà d'une date prédéfinie (invention de la musique "jetable"; tendance à long terme : substituer la location à l'achat, faire payer chaque lecture/visualisation/audition d'une oeuvre).
- traçage de l'usage : transmission d'informations (collecte de données personnelles : utilisateur, date, heure, titre,...) via Internet vers un serveur industriel à chaque utilisation d'une oeuvre.
Quant à ceux et celles qui voudraient "contourner" ces dispositifs de contrôle, elles et ils risqueront désormais trois ans de prison et 300 000 euros d'amende.

Le DADVSI contre la vie privée
On peut mettre la DADVSI en perspective avec ce qui se passe pas très loin. L'apparition de lecteurs multimédias biométriques (fonctionnant uniquement pour la personne qui l'a acheté par reconnaissance de l'empreinte digitale), ou l'incorporation dans certains CD de dispositifs de tatouage de l’œuvre (mouchard caché dans le CD qui se connecte automatiquement à Internet) pour pister la duplication d'une oeuvre. "Certains DCU peuvent espionner les utilisateurs qui accèdent à des oeuvres sur un PC relié à l'Internet, et envoyer des données vers un serveur à son insu : avec un tel dispositif, un industriel peut savoir qui lit quelle oeuvre à quel moment. (...) Là encore, neutraliser un tel dispositif attentatoire à la vie privée pour pouvoir tout simplement préserver son intimité serait considéré comme un délit de contrefaçon pouvant coûter jusqu'à trois ans de prison et trois cent mille euros d'amende" (3). Les technologies de contrôle contre la vie privée, voilà qui n'est pas neuf (4).

La fin du prêt et de la copie privée
Ce projet va octroyer aux multinationales de la musique et du cinéma le pouvoir d’accorder ou de refuser le droit à la copie privée c'est-à-dire à l’accès à la culture. Ce qui veut dire qu’une personne qui voudrait rester dans la légalité pourrait devoir acheter plusieurs fois la même œuvre pour pouvoir l’écouter si son usage est restreint dans le temps ! "Certains DCU anti-copie limitent le nombre de transferts, par exemple entre un PC et un baladeur MP3. Quotidiennement, l'utilisateur fait une sélection parmi les morceaux qu'il a achetés et sauvegardés sur son PC, et transfère cette sélection vers son baladeur MP3. Certains DCU interdisent de faire plus d'un certain nombre de transferts. Au bout d'un certain temps d'usage normal, le nombre de transferts effectués atteint la limite fixée par le DCU, et l'utilisateur devra de nouveau acheter le morceau qu'il avait déjà acheté afin de pouvoir l'écouter sur son baladeur..." (5) Les DCU interdisant, limitant, ou dégradant la copie des oeuvres heurtent frontalement le droit des français à la copie privée. En France, contrairement à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, une "taxe" copie privée est prélevée à chaque achat d'un support vierge (cassettes audio, VHS, CD et DVD vierges, etc.). L'argent de cette "taxe" est réparti entre les différents acteurs des industries culturelles. Avec la légalisation des DCU c’est la fin du prêt : le rôle des médiathèques se retrouve complètement bouleversé. Et les webradios n'ont plus qu'à disparaître.

Le logiciel libre hors-la-loi
Parmi les actes prohibés par le DADVSI : lire un DVD avec un logiciel non autorisé par l'éditeur du DVD ; convertir au format MP3 un fichier « protégé » téléchargé sur le site de la FNAC ; publier des informations techniques (par exemple un code source) permettant ou facilitant une telle conversion. Le projet de loi DADVSI interdit, par là même, la conception, la distribution et l'utilisation de logiciels libres permettant d'accéder à une oeuvre protégée. Egalement prohibé : le fait, en connaissance de cause, de faire connaître directement ou indirectement un outil ou un algorithme, indépendamment du fait que l'outil en question puisse avoir une utilisation principale autre que le contournement (la lecture d'un DVD par exemple). Le fait, en connaissance de cause, de faire connaître, directement ou indirectement un outil ou une méthode permettant de supprimer ou de modifier les informations jointes à une copie numérique pour tracer son usage est lui aussi pénalement réprimé. Publier une étude démontrant qu'un système de tatouage numérique utilisé par l'industrie du disque est inefficace pourrait donc demain faire risquer trois ans de prison et 300 000 euros d'amende.

En résumé, le DADVSI va à l'encontre du droit à la copie privée, permet aux entreprises de s'immiscer dans notre vie privée et peut mettre le logiciel libre hors-la-loi. Cette loi, les députés s'apprêtent à la voter en procédure d'urgence, sans débat et quelques jours après la rédaction définitive du texte de loi. Autrement dit, on ne découvrira le contenu exact du texte qu'au dernier moment, et il sera manifestement impossible de discuter du contenu précis du texte, de ses conséquences concrètes, des enjeux qui sont derrière, ni même de l'efficacité des mesures de contrôle et de surveillance, etc. Pourtant, la DADVSI menace directement la liberté d'expression de chacun-e, notamment celles des auteur-es de logiciels libre, des chercheurs et chercheuses en sécurité informatique, des universitaires et des journalistes.

Notre association n'a pas vocation à défendre le « marché du disque » tel qu'il existe aujourd'hui, ni même à « sauver le droit d'auteur » comme dit le slogan du site eucd.info. Dans un cadre non-commercial, nous sommes opposé-e-s à tout contrôle de la diffusion des oeuvres, et la diffusion commerciale nous débecte. Avec le DADVSI, il s'agit carrément de contrôler et de réduire la diffusion des oeuvres dans un cadre commercial. Nous voulons une musique libre et gratuite, l'industrie veut une musique payante et morte : l'argent les a rendus barjos. Nous vous invitons à lire et à signer la pétition en ligne contre ce projet de loi.

Pour l'autoproduction et l'autodistribution. Contre le monopole des Majors.
Pour le copyleft et la gratuité. Contre le capitalisme et toutes ses technologies de contrôle.
Non à la loi sur le Droit d'Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l'Information.

Association Taenia Solium, 17 décembre 2005.

Taenia Solium.
47, rue de la république
26300 Bourg-de-Péage
taenia.solium[AT]no-log.org
http://www.taenia-solium.net

Pour plus d'informations au sujet du DADVSI, se reporter à http://eucd.info, http://musique-libre.org et http://www.odebi.org/dadvsi/LeDADvSIpourlesnuls.pdf

Nous remercions ces trois sites pour leur documentation.
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Notes:
(1) lire « DRM Sony-BMG : chronique d'un massacre » (11/2005) sur http://standblog.org
(2) cité dans "Le DADV SI pour les nuls", http://www.odebi.org
(3) idem
(4) lire Sébastien Thomasson « Au doigt et à l'oeil, quand vidéo-surveillance et biométrie resserrent les petites mailles du filet » (12/2005) sur http://grenoble.indymedia.org

(5) cité dans "Le DADVSI pour les nuls", http://www.odebi.org