L'association Taenia Solium édite des compilations non-marchandes (sans subventions et gratuites).
Les textes qui suivent, publiés sur les pochettes de ces disques, veulent préciser le sens de notre activité. Bonne lecture.


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2004
POURQUOI UNE COMPILATION GRATUITE?
(ce texte figure sur la compilation Taenia Solium #1, distribuée gratuitement à 2000 exemplaires sans subventions en 2004)


Un disque gratuit, qui profite à tout le monde sans coûter à personne.
Taenia Solium, avant d'être une compilation c'est une association d'agitation musicale. Depuis le début de l'année 2003, Taenia Solium organise des concerts, édite des disques et diffuse des fanzines, disques, bouquins et journaux. Le disque que vous avez entre les mains fait suite à un appel lancé par notre association, proposant une "compilation cd de groupes locaux, produite et diffusée de façon non-marchande". Les gens qui voulaient participer à cette compilation étaient invité-e-s à s'impliquer dans le projet, notamment en donnant un ou plusieurs concerts de soutien, en étant partie prenante de la diffusion... Le projet n'a ainsi nécessité aucune subvention, il a été auto-financé par une série de quatre concerts de soutien en 2003 et 2004 (à Bourg-lès-Valence, Bourg-de-Péage et deux fois à Grenoble).

Nous ne sommes pas là pour gagner de l'argent. Sur ce projet, nous sommes même prêt-e-s à en perdre.
Peut-être vous demandez-vous pourquoi ce disque est gratuit ? Nous aurions pu le faire payer, ne serait-ce qu'un ou deux euros symboliques, et ainsi récolter une somme non négligeable pour des projets futurs. Mais diffuser ce disque gratuitement, c'est pour nous très important ; c'est même le coeur du projet. Car dans un monde où tout s'achète et tout se vend, l'existence même d'objets gratuits est suffisament choquante pour provoquer des questionnements ou engager une discussion. C'est l'occasion de dire une chose qui nous semble primordiale : ce qui nous intéresse, ce n'est pas l'argent mais l'opportunité de créer des moments de rencontres hors des cadres habituels. Les personnes rencontrées, les moments partagés, les solidarités créées au cours de l'avancement du projet, tout ça est aussi important que l'objet fini, le cd comme "outil promotionnel" des groupes présents et des pratiques utilisées (mutualisation, bénévolat, gratuité,...).

0% subventions, 100% subversion.
Il nous aurait tout a fait été possible de passer par une demande de subvention publique, moyennant des efforts d'adaptation aux impératifs administratifs, et plein d'autres réjouissances dont on n'a pas envie. Cela aurait peut-être même permis le pressage d'une plus grande quantité de disques. Mais ça nous aurait épargné le côté le plus fastidieux et en même temps le plus sympathique du projet : l'organisation des concerts de soutien, c'est à dire des moments ou nous avons rencontré et fait se rencontrer des personnes qui participent (de près ou de loin) au projet. Travailler à cette occasion avec -entre autres- H Synyk, le Bruit de l'Oeuf ou le 102 fut alors plein de bonnes surprises. La manière dont cette compilation est produite est au moins aussi importante à nos yeux que l'existence de ce support. Car des compilations promotionnelles offertes par Rock Sound, Punk Rawk, ou avec le soutien de Coca-Cola, il en existe déjà des centaines.

Pendant ce temps, à Vera Cruz...
ll faut aussi rappeler que pendant que nous nous amusons bien gentiment à sortir des disques gratuits à quelques centaines d'exemplaires, l'industrie du disque (les majors BMG, Universal, Sony, EMI et Warner) tiennent d'une main de fer le marché de l'édition musicale (77,5% du marché mondial). Que la FNAC ("disquaire par passion" de la famille milliardaire Pinault) et Virgin (famille Lagardère) qui étaient déjà deux bonnes grosses usines à pognon, sont en train de se faire voler le marché de la diffusion de disques par les grandes surfaces traditionnelles (Carrefour, Auchan/Cultura, Hyper U,...). Que la SACEM -l'organisme chargé de "répartir les droits" des auteur-e-s et compositeurs/trices- se gave sur le dos de ceux et celles-ci. Et que plus généralement, tant que les êtres humains persisterons à vouloir "vivre" d'une activité, c'est à dire à la rendre rentable, à vouloir gagner de l'argent, elles et ils resterons prisonnièr-e-s de cette rationalité économique, qui fait qu'il y a toujours des gagnant-e-s (majors, grande distribution,...) et des perdant-e-s (intermittent-e-s, labels indépendants,...).

Pour un monde sans argent.
Nous nous prenons alors à réver d'un monde où les activités humaines ne seraient plus dictées par le profit et l'intérêt. Une société où la coopération de toutes et tous permetterait que la subsistance élémentaire de chacun-e soit assurée et que nous puissions ainsi nous consacrer à nos passions sans contraintes économiques. Ouais. Mais c'est pas gagné. En attendant, il existe déjà des pistes concrètes. Les pratiques du vaste mouvement punk Do It Yourself (1), des squats politiques (2), du don à l'étalage, du prix libre, des zones de gratuité (3), des participant-e-s au réseau Sans-Titre, du copyleft (5, 6) et autres... sont autant d'initiatives qui piratent le système marchand. Comme le disent les autres : "La question n'est pas de vivre avec ou sans argent, de voler ou d'acheter, de travailler ou non, mais d'utiliser l'argent que nous avons à accroître notre autonomie par rapport à la shère marchande". Et il y a encore fort à faire pour bâtir des moments et des espaces qui échappent aux logiques économiques, et qui peuvent nous donner aujourd'hui un peu d'air frais et des perspectives pour un dépassement du capitalisme, ce monde du fric et du salariat.




2006
LES KWAKIUTL, L'INTERNATIONALE LETTRISTE ET TAENIA SOLIUM

(ce texte figure sur la deuxième compilation Taenia Solium, distribuée gratuitement à 2000 exemplaires sans subventions en 2006)


Les 2000 exemplaires de cette compilation sont gratuits. Ils sont financés par une douzaine de concerts de soutien durant l'hiver 2005-2006, qui permettent de réunir le fric nécessaire : ainsi nous n'avons demandé aucune subvention. Les trente-deux morceaux sont copyleft : nous encourageons vivement toute utilisation non-commerciale qui pourra être fait d'eux.

Une tradition des tribus Kwakiutl d'Amérique du Nord, c'est le potlatch. De grandes fêtes rituelles ou le don va de pair avec l'honneur. Si le chef d'une tribu n'est pas capable de rendre un cadeau supérieur à celui qu'il vient de recevoir, c'est la preuve qu'il accorde plus d'importance à la propriété des simples choses qu'à l'honneur. Un potlatch est une débauche de cadeaux jusqu'à l'absurdité, parfois jusqu'à la destruction de biens.

L'idée inspira quelques occidentaux et occidentales contestataires au milieu du XXè siècle. C'est ainsi que l'Internationale Lettriste publia la revue artistique et révolutionnaire Potlatch de 1954 à 1957, un bulletin distribué gratuitement à quelques centaines d'exemplaires à des adresses choisies par sa rédaction, et à quelques unes des personnes qui sollicitaient de le recevoir. Pas moyen de le payer : Potlatch était un cadeau, une offrande de biens non-vendables. " Ce que propose Potlatch, ce sont des désirs et des problèmes inédits ; et seul leur approfondissement par d'autres peut constituer un cadeau en retour ".

Quant à notre deuxième petite compilation et ses concerts de soutien il s'agit -dans un monde capitaliste et sécuritaire, ce monde froid dans lequel nous vivons- d'inventer d'autres manières de faire circuler les objets et les idées. Créer les bases d'une " économie " basée non pas sur le cynisme et l'égoïsme comme dans le marché moderne, non pas sur la bureaucratie et les règles étatiques comme dans un Etat social, mais sur la confiance, l'émotion, la passion et le jeu, à une échelle humaine où l'on peut se parler. Vous comprenez alors bien que notre petite compilation de musiques sincères, on ne peut que vous la donner car la vendre serait mesquin. Si elle vous touche d'une manière ou d'une autre, par l'idée, la musique ou les textes, et que vous voulez nous le montrer, il va vous falloir faire preuve de plus d'imagination que d'habitude : l'argent ne nous intéresse pas.

Nous remercions grandement tous les gens qui ont participé à ce projet. Sans le 'réseau' des lieux autogérés et de la 'communauté' punk DIY, sans le soutien de nos ami-e-s, ce projet aurait été impossible à mener. Merci à toutes et à tous !

Association Taenia Solium, hiver 2005/2006.

A lire :
Lipstick Traces, une histoire secrète du vingtième siècle, Greil Marcus, éditions Allia 1998.
Potlatch (1954-1957), bulletin d'information de l'Internationale Lettriste, ré-édition Folio (poche).



2008
CECI N'EST PAS UN DISQUE

(ce texte figure sur la troisième compilation Taenia Solium, distribuée gratuitement à 4000 exemplaires sans subventions en 2008)


Les 4000 exemplaires de cette compilation sont gratuits. Ils ont été financés par six concerts qui ont permis de récolter le fric nécessaire au pressage : ainsi nous n'avons demandé aucune subvention. Ces six concerts de soutien ont été organisés de mars à décembre 2007 par nos soins et ceux de complices qui se sont suffisament reconnu-e-s dans le projet pour y participer à leur manière. Ces concerts ont ramené de l'argent, mais ils nous ont surtout fait plaisir.

Cette fois tous les morceaux sont des inédits. Chaque titre, enregistré pour l'occasion, est une rencontre entre au moins deux formations.
Ces sept morceaux sont copyleft : nous en encourageons toute utilisation non-commerciale. Merci à toutes celles et ceux qui vont les graver et participer à leur diffusion. Mais, pour participer au projet, il ne suffit pas de graver ce disque, car...

Ceci n'est pas un disque.
C'est un don, pas du commerce ou de l'échange.
C'est une invitation à la curiosité, pas un outil promotionnel ou publicitaire.
C'est simplement le résultat de quelques rencontres improbables, pas un concept artistique.
C'est un projet collectif autogéré, pas une oeuvre caritative ou humanitaire.
C'est une proposition à ce que tu te fasse plaisir à ton tour, pas un moyen de te faire consommer un truc "cool".
C'est du temps et de l'enthousiasme, pas un travail de spécialistes, ni un passe-temps pour désoeuvré-e-s.
C'est une réalité, pas une utopie.
C'est une proposition, pas un dogme.
C'est une invitation à détruire la société, pas une marchandise cu-culturelle.
C'est une une volonté d'avoir la page entière, pas d'être en marge.
Nous cherchons des complices.

Association Taenia Solium, Automne 2007.

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TAENIA SOLIUM
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F - 26 300 Bourg-de-Péage
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